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Entreprise collaborative : un peu d’humilité ?

Hier et ce matin ont eu lieu deux événements organisés par l‘entreprise 2.0 Summit dont le thème cette année est Enabling the Social Enterprise (R)Evolution. Les interventions portaient sur les moyens d’étendre à toute l’entreprise les dynamiques collaboratives & sociales, dont la mise en oeuvre n’a jusqu’à présent que rarement eu un impact organisationnel, afin d’inscrire dans l’ADN de l’entreprise ces pratiques, postures, comportements, … qui après avoir transformé le monde dans lequel elle s’inscrit sont aujourd’hui un levier de compétitivité, différentiation et innovation.

Je ne reviendrai pas sur le contenu des interventions, d’autres le font aussi bien voire mieux que moi. Je préfère partager avec vous les quelques réflexions que ces deux événements m’ont évoqué.

Entreprise collaborative : un peu dhumilité ?

Un peu d’humilité

Mea culpa, passionné que je suis il m’est souvent arrivé d’aborder les questions liées à la transformation de l’entreprise de manière très rigide en assénant des vérités qui, bien que pas déconnantes, restaient essentiellement valables dans le monde des bisounours. Bien sur, dans une volonté de généralisation et de vulgarisation il est logique d’appliquer une approche de « modèle » même s’il elle se heurte rapidement au principe de réalité qui est que chaque entreprise est différente dans la manière de vivre son organisation quand bien même celle-ci est construite sur un même modèle top-down.

Cependant, je ne peux m’empêcher quand j’entends certaines interventions ou lis certains billets de rêver à un peu plus d’humilité lorsque nous abordons ces sujets, en particulier quand ils ont pour but de sensibiliser ou évangéliser. 

Certes, nous avons une expérience riche sur ces sujets et des convictions quant aux bonnes pratiques de mise en œuvre. Mais ça ne nous empêche pas de les exprimer avec un poil plus d’humilité, et d’admettre que nous ne sommes pas détenteurs du savoir universel mais faisons partie d’un ensemble de bâtisseurs qui petit à petit, d’échec en réussites, allons contribuer à permettre à chaque entreprise d’identifier son modèle adapté au monde d’aujourd’hui. Je suis conscient que l’humilité peut paraître incompatible avec la notion d’expert mais en réalité l’humilité est un levier de développement de la légitimité car n’oublions pas que c’est une des valeurs fondamentales des postures collaboratives que nous poussons l’entreprise à adopter…

À noter que j’ai particulièrement apprécié les interventions de Areva et Schneider Electric ce matin dans lesquelles Martin Roulleaux-Dugage et Louis-Pierre Guillaume ont fait preuve de beaucoup d’humilité en admettant ne pas toujours savoir si la direction qu’ils empruntaient était la bonne mais que le seul moyen de le savoir était de l’emprunter (l’exemple de la peur de l’inconnu qui a poussé l’équipage du bateau Essex à faire le choix le plus risqué et à le payer au prix fort était d’ailleurs très pertinente).

Autant de modèles que d’entreprises

Thierry de Baillon me le faisait remarquer hier, on part de l’hypothèse qu’un modèle unique est appliqué aujourd’hui en entreprise alors que finalement ce modèle est essentiellement une enveloppe dans laquelle chaque entreprise vit différemment sa propre réalité organisationnelle (c’est d’ailleurs ce que disais récemment le PDG de jamespot Alain Garnier dans un billet sur collaboratif-info que j’ai particulièrement apprécié).

Cependant, malgré cette diversité de manière de vivre son organisation top-down, ce type d’organisation se traduit tout de même dans les grandes lignes par une certaine verticalité : les biens nommés silos que l’on cherche à casser même si par ailleurs une certaine transversalité existe « dans les faits », transversalité que l’on va chercher à légitimer organisationnellement.

Pour autant, il n’existe pas à mon sens de « modèle » d’entreprise collaborative applicable à tous. Je suis fermement convaincu que si un certain nombre de pratiques peuvent se retrouver un peu partout, la difficulté actuelle est que chaque entreprise va devoir faire un travail sur elle même pour se comprendre, même si elle pense déjà le savoir, et identifier les points clés de son ADN qui ont de la valeur à être adaptés à la nouvelle réalité du monde dans lequel elle s’inscrit. En résumé : chaque entreprise va devoir imaginer, inventer, découvrir et expérimenter son propre modèle d’entreprise collaborative !

Employees first

Pour ce faire, une autre de mes convictions est qu’avant de travailler sur l’entreprise en elle même, sur son organisation, il est nécessaire de faire un travail axé sur les employés. Quand je dis travailler sur ses employés, je pense à observer, explorer, comprendre les motivations qui poussent ces derniers à donner le meilleur d’eux même et toutes les raisons qui font qu’ils le peuvent ou non, qu’ils le veulent ou non. C’est d’ailleurs l’approche poussée par le livre Employees First de Vineet Nayar cité plusieurs fois hier soir (la traduction française existe aussi).

Je n’ai pas la prétention de savoir comment doit être abordée cette question dans toutes les entreprises, ni celle de dire que ce travail est le seul qui permette une transformation réussie et pérenne, seulement la conviction qu’il ne faut pas négliger ce point et prendre le temps pour chaque entreprise de regarder à quel moment il est pertinent de creuser le sujet en fonction de son contexte (et qui est le plus légitime pour le creuser). Par ailleurs, je suis également convaincu qu’identifier les éléments clés de l’ADN de l’entreprise sur lesquels articuler cette transformation ne peut pas être fait de manière plus pertinente qu’en mobilisant l’ensemble de l’entreprise et en écoutant puis partageant à la fois la vision bottom et top.

Sur le périmètre que couvre la notion d’employés, un insight intéressant de ce matin est le fait que chez Areva les employés sont aussi ceux qui sont à la retraite et qui peuvent, sur base du volontariat, continuer à partager leurs connaissances & expertises sur les projets qui le nécessitent. Une belle vision vous ne trouvez pas ?

Enterprise 2.0 = solve problem

La tendance actuelle pour définir l’entreprise 2.0, après celle de McAffee qui est résolument datée et plus vraiment adaptée à la maturité actuelle du monde sociétal et de l’entreprise, est de dire que cette transformation de l’entreprise à pour but de lui permettre de mieux résoudre les problèmes qu’elle rencontre (problème étant à prendre au sens mathématique du terme, non connoté négativement).

Ça n’est bien sur pas le seul but mais c’est un but qui a le mérite d’être lisible et de parler à tous, tant à la DG que jusqu’aux opérationnels en bout de chaîne. À ce titre il me semble que c’est le signe d’une certaine maturité des acteurs de cette transformation, qu’ils soient internes ou externes à l’entreprise, et que cette maturité présage un nouveau cycle dans la mise en œuvre de ces transformations beaucoup plus centré qu’aujourd’hui sur le « pour aider concrètement dans notre travail de tous les jours » et moins sur le « pour mieux nous outiller » !

Personnellement je suis assez en phase avec ce positionnement, car sa simplicité et sa clarté permettent à chacun de mettre le focus immédiatement sur la valeur ajoutée et de donner tant une vision d’ensemble qu’une logique de transformation par étapes, un « problème » après l’autre .

Accompagner ce changement par le design de service ?

Enfin, plus je regarde la manière dont se structure l’accompagnement de cette transformation plus je suis convaincu que faire appel à des designers de service en plus des consultants classiques permettrait d’apporter un regard différent et d’ajouter un angle supplémentaire pour aborder ces questions. L’idée n’est pas d’opposer telle ou telle approche, mais plutôt de capitaliser sur la manière de faire des uns et des autres car dans les grandes lignes pour exercer dans les deux milieux (conseil en entreprise 2.0 & design de service) les similitudes sont grandes et les différences deviennent une force si on les met au service du même objectif.

Là non plus, je ne cherche pas à vendre ma came mais plutôt à apporter des pistes permettant d’élargir un peu la discussion et de prendre de la hauteur car n’oublions pas qu’à toujours naviguer dans les mêmes eaux on fini par en oublier que l’océan est avant tout imprévisible et on risque fort de se faire surprendre. C’est précisément une des raisons qui m’on poussées à me mettre à mon compte et à ne pas me spécialiser dans un domaine donné quitte à rendre mon profil moins lisible, car cela me permet de chaque jour rencontrer des zones de friction qui viennent challenger ma zone de confort.

 

Bref, il reste encore beaucoup de chemin à parcourir, d’erreurs sur lesquelles capitaliser et de succès sur lesquels s’appuyer. Nous avons tous à apprendre les uns des autres si nous voulons construire une vision de l’entreprise (et non un modèle) adaptée aux enjeux d’aujourd’hui et surtout de demain, c’est pourquoi je vous invite à assister à l’Enterprise 2.0 Summit dont l’édition 2013 sera placée sous le signe de la co-création (ateliers créatifs, hackatons, …).

Auteur : Fabien Grenet Fabien a effectué 359 contributions sur Startupeers.

Propulseur d'idées passionné par l'innovation et le monde numérique. Fondateur de Startupeers et d'HENSEN conseil, agence qui propose aux startups, PME et grands groupes une approche créative décuplant l’innovation et permettant de passer rapidement de l’idée au produit sur le marché. Geek sur les bords et fan du Japon à ses heures perdues.

4 Comments

  1. hello,
    je partage en grande partie ton analyse, en particulier le fait que les entreprises vont devoir inventer chacune leur modèle, leur organisation. C’est quelque chose de connu en « conception innovante » : le modèle d’organisation est spécifique à chaque entreprise, car dépendant de la culture, de l’histoire, des sujets, de l’environnement, etc…
    Comme l’innovation et le collaboratif ont pas mal de points communs, je pense que c’est fondamental d’intégrer cela. Voir ce qui se fait ailleurs, non pour le copier, mais pour s’en inspirer et le « greffer » dans un autre cadre. greffe, parce qu’il peut y avoir rejet ; et parce que ça peut redonner le plein potentiel.

    Reply
  2. très bel article :) merci pour ce beau billet.
    Je suis en phase avec cet article.
    C’est pour cela que je complète mes compétences en 2.0 par de la facilitation graphique, par des participations à des hackethon tel que museomix, et participe à des séances de créativité :)

    Tous ces mondes enrichiront la vision de l’entreprise de demain.

    Ton billet me donne envie de m’inscrire Enterprise 2.0 mais son billet d’entrée reste un peu cher pour moi…

    Reply
  3. Je ne peux qu’acquiescer à tout ce que tu dis dans ce billet, Fabien (et merci pour ta citation).
    En effet, le design de service part du problème, et non de la solution, et c’est bien ce que je reproche à beaucoup d’approches « entreprise 2.0″, ainsi qu’à la gestion « classique » du changement: si elles s’intéressent au chemin à parcourir, c’est bien trop souvent en vue d’un point d’arrivée prédéterminé.
    Changer, oui, mais vers quoi ? Les promesses restent finalement la plupart du temps bien génériques et vagues, les case studies complets bien rares. J’ai du mal à croire qu’en cherchant à diriger une flèche vers une cible qui n’a de réalité que conceptuelle (ou quantique), que l’on cherche à résoudre des problèmes irréductibles, qu’on ne peut pas réellement cerner et qui se déplacent au fur et à mesure que l’on avance, on soit capable de tenir l’arc du premier coup dans la bonne direction…
    Expérimenter, tester, itérer, reformuler… ce sont bien là les « étapes » de base du design de service.
    Thierry

    Reply
    • Merci pour vos retours Lomig, Christelle et Thierry.

      Tout cela m’encourage à continuer à écrire sur l’apport des approches d’innovation et de design pour l’entreprise, quelque soit ce qu’elle veut faire d’ailleurs (car après tout il n’y a pas que cette question de transformation qui compte), et à les promouvoir dans les actes lors de mes missions !

      Et bien sur en gardant l’oeil ouvert pour ne pas sombrer dans un travers que je critique qui reviendrais à dire « hors de l’innovation et du design rien n’a d’intérêt pour l’entreprise » ;)

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