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#BusinessModel / Le crypto-mining va-t-il remplacer la publicité en ligne (display) ?

L’un des modèles de financement le plus répandu sur Internet est la publicité. Ce modèle a permis l’essor de nombreuses plateformes, en particulier parce qu’il permet de financer les services proposés « gratuitement » aux utilisateurs finaux.

Le modèle du display s’essouffle

Néanmoins le modèle s’est essoufflé, en particulier sur le display. En cause, l’adoption massive des AdBlockers en réaction aux abus de nombreux acteurs du web, l’avènement du mobile qui a déplacé la consommation de contenu dans les Apps, l’explosion de la vidéo, ainsi que la domination des réseaux sociaux (sources : Quelles sont les pertes liées à l’adblocking ? , UK publishers lose nearly £3 billion revenue annually due to ad blocking , Forrester says it’s end times for digital and display advertising , Forecast: US display advertising to grow 70% by 2021, with social and mobile drivers , Digital advertising growth fuelled by mobile and video et Facebook et Google resserrent leur emprise sur la publicité en ligne en France).

US marketers wasted roughly $7.4bn on display ads in 2016, only 40% of which were seen by consumers

Le résultat : une tendance baissière continue des revenus de la publicité display, qui risque fort de s’accélérer et qui entraîne avec elle une remise en question du financement de la gratuité.

La piste des crypto-monnaies et du mining

Il est donc nécessaire de réinventer ce modèle, et l’une des pistes les plus intéressantes vient peut être des crypto-monnaies. Une crypto-monnaie est une monnaie alternative électronique qui utilise un système de validation par preuve de travail pour sécuriser ses transactions et dont les unité de monnaie (un équivalent virtuel des pièces) sont générés par du calcul, de la résolution informatique d’équations mathématiques complexes, ce que l’on appelle le mining (ou minage).

En quoi est-ce intéressant, et pourquoi ces crypto-monnaies pourraient elles remplacer les publicités ? Pour répondre à ces deux questions, il est nécessaire de faire un parallèle avec la publicité télévisée et en ligne (display).

De manière simplifiée, on peut considérer que la publicité télévisée consiste en la mise à disposition de son temps de cerveau disponible en échange de  gratuité du contenu regardé. On peut donc considérer que la publicité en ligne consiste en la mise à disposition d’une partie de l’espace disponible sur son écran en échange de la gratuité du contenu que l’on consulte ou du service que l’on utilise.

De la même manière, on peut dire que le mining de crypto-monnaies consiste en la mise à disposition d’une partie de la puissance de calcul de son ordinateur ou de son smartphone en échange de la gratuité du contenu ou du service que l’on consulte.

Au lieu de disposer des publicité sur ses pages, les plateformes pourraient ainsi simplement ajouter un bout de code réalisant ces calculs complexes de mining pendant la durée de la visite (durée pendant laquelle la page est affichée).

En quelque sorte, il s’agirait de la version consumériste des programmes tels que SETI@home (pour lequel avec d’autres étudiants nous « réquisitionnions » très régulièrement l’ensemble des ordinateurs de l’EISTI la nuit et les WE en 2001). Des programmes à vocation sociale continuent d’ailleurs de voir le jour sur ce modèle comme par exemple celui lancé par les chercheurs du Smash Chilhood Cancer ou le World Community Grid d’IBM.

Ainsi, le temps de la consultation du contenu ou de l’usage du service la plateforme serait rémunérée grâces aux « pièces » de crypto-monnaie générée par les visiteurs, sans que ces derniers ne soient importunés le moins du monde (la puissance de nos smartphone et ordinateurs étant bien supérieure à ce dont nous avons besoin). On peut d’ailleurs imaginer un modèle vertueux ou une partie du montant de crypto-monnaie généré serait reversé aux visiteurs afin de les remercier et de « rembourser » une partie de la dépense énergétique qu’ils ont pris à leur charge.

Ce modèle existe déjà !

Vous vous en doutez un peu, ce modèle existe déjà. Nous avons découvert l’existence de Coinhive, une plateforme proposant de monétiser ses sites à l’aide du crypto-mining, fin septembre après le buzz lié à son utilisation par The Pirate Bay (utilisation qui n’a pas été très bien prise par sa communauté, c’est le moins que l’on puisse dire).

Chez There is no spoon nous avons tout de suite eu envie de le tester grandeur nature, il nous fallait pour cela trouver un site pas trop exposé mais disposant tout de même d’une audience correcte. La proposition faite à Startupeers ayant immédiatement été acceptée, nous avons pu tester ce modèle discrètement pendant deux afin de disposer de métriques permettant de juger ou non de sa pertinence économique.

D’ailleurs, nous ne sommes pas les seuls à tester ce modèle, StreetPress a annoncé il y a quelques semaines lancer un test à grande échelle pour voir si ce modèle peut les aider à se financer mieux que la publicité.

Comment ça marche

Une fois inscrit sur Coinhive ou sur un service du même style, il suffit d’installer le code javascript sur son site, en s’assurant qu’il soit chargé sur toutes les pages, et c’est terminé ! À chaque affichage d’une page par un visiteur, en fonction de la durée de sa visite il génèrera un certain nombre de « pièces » de crypto-monnaie.

Est ce que ça marche (financièrement) ?

Nous avons mené cette expérimentation chez Startupeers pendant exactement 60 jours. Durant cette expérimentation nous avons reçu 5991 visites qui ont conduit à l’affichage de 8670 pages pendant une durée moyenne de 1min15s soit un total de 650 250s / 10 837min / 180h / 7,52j.

Au total, l’ensemble de ces visites nous ont permis de générer 0,01138998 Monero (XMR), la crypto-monnaie proposée par Coinhive. Au moment ou l’article a été écrit leur valeur financière était de 1,8 € (vous pouvez utiliser ce site pour la calculer avec le taux actuel).

En résumé, nous avons gagné 90 centimes d’euros par mois soit 3 centimes d’euro par jour 😅. Pas de quoi payer l’hébergement du site ni s’acheter un iPhone X..

Ce qui est intéressant avec ce modèle c’est qu’il ne récompense pas forcément le trafic pur, mais également la qualité du contenu donc le temps passé sur une page. En utilisant les statistiques trouvées ici, on peut extrapoler les gains suivants (avec une forte marge d’erreur) :

  • Reddit => 772 514€
  • HuffPost => 171 265€
  • Buzzfeed => 137 032€

Pas si mal non ?

En croisant avec ce retour d’expérience dont les résultats sont étonnamment très proches, on peut considérer qu’il est possible avec ce système de financement de gagner 0,3€ / 1000 visites d’une durée moyenne de 1min. En mettant en regard ce montant moyen et les chiffres ci-dessus, on tombe sur un léger problème de calcul. La raison est probablement le temps passé par visite sur ces sites, beaucoup plus important que celui passé sur Startupeers ou sur le blog cité plus haut.

Un effet de bord intéressant est le fait que plus les visiteurs restent longtemps sur la plateforme, en particulier sur la même page, plus c’est intéressant. Ça veut donc dire que pour une plateforme avec moins de visiteurs mais qui restent très longtemps, ce modèle peut être beaucoup plus attractif que pour une plateforme avec énormément de visiteurs mais qui quittent très vite le site (en considérant que les estimations ci-dessus sont justes, Reddit en est le parfit exemple). On en revient donc au nerf de la guerre : un contenu de qualité et une grande valeur ajoutée pour les utilisateurs finaux.

Les limites

Ce nouveau modèle de financement de la gratuité n’est pas exempt de limites.

Rien ne dit que les AdBlockers ne vont pas également bloquer ce type de système. Pour Coinhive par exemple, c’est le cas de l’AdBlocker que j’utilise (les résultats ci-dessus sont donc à prendre avec mesure).

Rien ne dit également que ce modèle soit accepté par les utilisateurs des plateformes l’adoptant. Il me semble beaucoup plus respectueux que la publicité classique mais chacun peut avoir un avis différent (la redistribution d’une partie de la monnaie minée me semble être un bon moyen d’avoir les visiteurs de son coté).

Rien ne dit que les abus d’usage de ce modèle de financement de contenu online ne le tuent pas dans l’oeuf. De nombreux abus ont déjà été signalés (#cryptojacking sur Twitter, Cryptocurrency Mining Scripts Now Run Even After You Close Your Browser). Et les acteurs du web se mettent en mouvement à l’instar de Google qui a décidé de prendre les devants (d’un modèle qui risque de tuer sa poule aux oeufs d’or).

Rien ne dit enfin que la valeur de ces crypto-monnaies soit suffisamment stable et attractive pour rendre ce modèle plus intéressant que la publicité. Pour l’instant elles sont en croissance mais une bulle n’est pas impossible.

 

Bref, l’avenir nous dira si en effet le crypto-mining va s’imposer comme le digne remplaçant de la publicité online ou s’il ne s’agira que d’une idée plus séduisante sur le papier que pertinente en réalité.

Chez Startupeers nous trouvons ce modèle intéressant et allons implémenter à la suite de la publication de cet article une version plus respectueuse des visiteurs de ce modèle de financement. En particulier vous vous verrez demander votre consentement à chaque visite (par tranche de 24h).

Auteur : 💡There is no spoon 💡There is no spoon a effectué 4 contributions sur Startupeers.

There is no spoon est une agence de conseil en transformation numérique confondé par Camille Muller et Fabien Grenet. Nous aidons les entreprises à acquérir une nouvelle culture et créer des modèles business innovants grâce au numérique.

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